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La Lettre d'information Bio-attitude
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La bio coûte moins cher que l'agriculture intensive



Savoir compter, c'est d'abord n'oublier aucun des chiffres d'un problème et les mettre à leur place, soit dans la colonne débit, soit dans la colonne crédit.
Or, il apparaît clairement qu'aujourd'hui les comptes sont faussés quand on compare ex-abrupto les prix des produits de l'agriculture intensive et des produits bio. Manifestement, les coûts induits par l'agriculture intensive (inexistants pour l'agriculture biologique) ont été escamotés.
Une étude britannique relevée dans " Le paysan biologiste " fait apparaître les coûts masqués de l'agriculture intensive. Elle est particulièrement révélatrice.


"Selon l'étude la plus détaillée jamais réalisée sur les comptes de l'industrie, l'agriculture coûte chaque année à la Grande-Bretagne plus de 2,3 milliards de livres (23,5 milliards de francs). Ce montant, qui inclut le coût de la dépollution, de la restauration des habitats et du traitement des maladies causées par l'agriculture, équivaut pratiquement aux revenus du secteur.
Les coûts externes ? ceux que les agriculteurs n'ont pas à payer ? sont également cités dans l'étude. Ils s'élèvent à 208 livres par hectare, soit le double du montant suggéré par des études moins détaillées effectuées en Allemagne et aux Etats-Unis. Le responsable de l'enquête, Jules Pretty, de l'Université de l'Essex, qualifie pourtant ce chiffre de "très prudent."
Les chiffres cités ont été calculés à partir de sources nombreuses et variées. L'étude nous apprend, par exemple, qu'en 1996, des compagnies de distribution d'eau ont dépensé 214 millions de livres pour éliminer les pesticides, les nitrates et les agents pathogènes d'origine agricole contenus dans l'eau destinée à la boisson. Elle nous informe également sur le coût des intoxications alimentaires qui comprend une indemnité destinée à compenser les préjudices salariaux des victimes et à couvrir leurs frais d'hospitalisation.
Le coût annuel de la protection de la Nature chiffré à 25 millions de livres par l'agence gouvernementale English Nature couvre la reconstitution des espèces menacées et des habitats des animaux sauvages endommagés par l'agriculture. Celui de la pollution atmosphérique et des émissions de gaz à effets de serre se monte à 1,1 million de livres et il inclut les frais engendrés par la lutte contre les inondations après l'élévation du niveau de la mer.
"Notre étude n'a pris en compte que les effets externes qui génèrent des coûts financiers réels" indique Pretty. Tous ces coûts devront être payés un jour ou l'autre, que ce soit par des augmentations de prix ou des majorations d'impôts. Pour le chercheur britannique, les conclusions de l'enquête qui devraient être publiées dans la revue Agricultural Systems plaident en faveur d'une redistribution des subventions dont le montant atteint 3 milliards de livres par an. Selon lui, la plus grosse part des subventions devrait revenir aux agriculteurs qui ne dégradent pas l'environnement, et il faudrait ne plus subventionner les autres. "L'agriculture a intérêt à ne plus polluer si elle veut profiter de cet argent" conclut-il.
Pour Jim Dixon, économiste au département agriculture d'English Nature, "c'est l'un des plus importants domaines de la recherche agricole sur lequel le Gouvernement ne se soit pas encore penché. Les pouvoirs publics s'intéressent aux revenus et aux subventions, mais pas aux effets de l'agriculture sur l'environnement ou sur les consommateurs."

Fausse idée
Pierre Gevaert, l'un des pionniers de l'agriculture biologique et fondateur de l'Association Ruralis (47 130 Bazens) qui s'est fixé pour but l'encouragement et la préparation au retour rural dit la même chose dans sa lettre n° 14 à la rubrique "fausse idée du bio plus cher" :
"Rappelons nos arguments classiques de plus en plus admis : la nourriture bio, étant plus équilibrée, assure une meilleure santé, donc moins de dépenses médicales, moins d'arrêts maladie et une consommation pondérale moindre puisque le complet nourrit mieux avec une quantité plus petite. Tout cela, on le sait déjà. Ce qu'on ignore encore trop, c'est que la filière agroalimentaire chimique coûte terriblement cher au contribuable, donc à nous tous. Exemple : une vache folle et tout le troupeau est abattu ! la surproduction chronique des fruits et légumes (organisée par les lobbies) oblige à la destruction de quantités folles pour maintenir les prix (1), de même l'industrialisation des élevages (porcs, volailles, etc.) génère des surproductions et des pollutions massives obligeant les pouvoirs publics à accorder régulièrement des aides financières aux "sinistrés" de la profession. A combien de milliards se chiffrent ces aides ? Et les producteurs de fruits et légumes, etc., qui produisent exprès pour profiter des destructions payantes, cela a-t-il un sens et à qui cela profite-t-il ?
Une chose est certaine, le prix de revient, disons le coût de l'alimentation moderne payé par la société, est beaucoup plus élevé au kilogramme produit que celui des productions bio. Résultat final : l'aliment non bio est en réalité bien plus cher que l'aliment bio, et ce, à tous les niveaux. Seule consolation, ce "plus cher" ne se paie pas au jour le jour mais dans la feuille d'impôts, dans la TVA, les prélèvements obligatoires, les dépenses de santé, etc."

Aux consommateurs d'exiger
Comme on peut le constater, l'agriculture chimique est hyper subventionnée directement et indirectement. Une simple réforme de la PAC (politique agricole de la Communauté) en faveur de l'agriculture qui ne dégrade pas l'environnement, dans le sens qu'exprime Jules Pretty dans son étude, le prix des produits biologiques pourrait chuter et devenir accessible à tous. Encore faut-il, pour y parvenir, que les consommateurs exigent maintenant et fermement une alimentation saine et naturelle dans les priorités des programmes politiques.

(1) Quel coût aussi du récent "retrait" décidé par l'Europe de 2 millions de bovins sains que l'on va abattre ou incinérer ?

- Article extrait de la revue Du sol à la Table, n° 50 -.


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